Le cuir de poisson dans l'histoire : Islande, Aïnous, Sibérie
Le cuir de poisson a l'air d'une nouveauté jusqu'à ce qu'on ouvre les archives. Alors il prend l'air de ce qu'il est : une tradition que le bœuf industriel a brièvement interrompue.
L'Islande : des souliers comme unité de mesure
En Islande, les peaux de loup de mer et de saumon ont chaussé les gens pendant des siècles. On mesurait même les distances avec : une longue marche « valait tant de paires de souliers en peau de poisson ». Les peaux étaient assouplies à la main — parfois mâchées, comme la peau de phoque ailleurs dans l'Arctique — et la réserve de souliers d'une maisonnée était une corvée d'hiver comme une autre. Les musées islandais en gardent des paires : plissées, usées, et immanquablement écaillées.
Les Aïnous : des robes de saumon
Les Aïnous de Hokkaido et de Sakhaline taillaient des vêtements entiers dans la peau de saumon — des robes appelées cep-ur, coupées pour que les motifs d'écailles courent en panneaux délibérés, cousues au tendon. Le saumon était l'aliment de base ; les peaux en étaient le sous-produit, et rien d'un poisson qui vous nourrit ne se gaspillait. Ces robes repoussaient la pluie et enduraient tout. Des pièces de musée du dix-neuvième siècle tiennent encore leur forme.
La Sibérie : les « Tatars aux peaux de poisson »
Le long de l'Amour, les Nanaïs, les Nivkhes, les Oultches et leurs voisins étaient si identifiés à cette matière que les chroniqueurs chinois les appelaient les « Tatars aux peaux de poisson ». Peaux de saumon et de carpe devenaient manteaux, bottes, fil — jusqu'à des voiles pour les petits bateaux. Les manteaux de mariage en peaux de poisson assemblées, brodés et appliqués, comptent parmi les grands objets textiles des collections de l'Extrême-Orient russe.
Aucune de ces traditions ne traitait la peau de poisson comme une curiosité. C'était simplement ce qu'était le cuir, là où le poisson était ce que le territoire donnait.
Pourquoi c'est disparu — et pourquoi ça revient
Le tannage au chrome industriel, le cuir de bœuf bon marché et la perturbation coloniale des économies autochtones ont repoussé le cuir de poisson dans les marges en à peine un siècle. Il n'a jamais cessé de fonctionner ; il a cessé d'être commode.
Il revient pour les raisons mêmes qui l'ont fait exister : la matière première arrive en sous-produit de l'alimentation, le cuir est fort bien au-delà de son poids, et il n'existe pas deux peaux pareilles. Notre contribution est étroite et délibérée — du saumon atlantique sauvage de la Côte-Nord, tanné selon la méthode du cuir de Russie. Une matière ancienne, tenue au plus vieux standard que nous connaissions.